n°68 - mai 2015

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Editorial | Evénement inattendu et heureux | La phrase du mois | Barbarie | Le dernier omnibus | La photo du mois | Dans la presse

Editorial

par Laetitia Taillade-Maraninchi

Scandale de la viande de cheval : histoire sans fin

Le 7 avril, le grossiste néerlandais Willy Selten a été condamné à 2 ans et demi de prison pour avoir vendu 336 tonnes de viande de cheval étiquetée "pur bœuf". En tant que directeur de deux sociétés, il a été reconnu coupable d'avoir "falsifié des factures, des étiquettes et des déclarations écrites", mais aussi "d'avoir utilisé de faux documents" pour son commerce. Il avait été interpellé en mai 2013.

Le 8 avril, Le Figaro titrait "Viande de cheval : «Un nouveau scandale est encore possible aujourd'hui»." Extraits de l'article :

"[…]quelques jours après que l'indication des lieux d'élevage et d'abattage aient été rendus obligatoires en France, en plus des logos en tout genre apparus après la crise. La mention du lieu de naissance reste imposée uniquement pour le bœuf, qui fait l'objet de plus d'attention depuis la crise de la vache folle.
Mais ces mesures ne concernent que les viandes fraîches. En février dernier, les parlementaires européens ont pourtant voté une résolution pour que l'origine des viandes soit aussi mentionnée sur les préparations transformées, comme les plats surgelés. Une résolution non contraignante, que la Commission européenne n'a pas appliquée. Selon le syndicat interprofessionnel du bétail et de la viande, Interbev, qui est favorable à l'étiquetage, la Commission s'y refuserait pour une raison: le prix.
[…]
Dominique Langlois, président de l'Interbev, soutien que «devoir mentionner l'origine de la viande signifierait donc qu'on ne mélange plus les morceaux de différentes origines». Et provoquerait une hausse de quelques centimes de ces plats, malgré le plébiscite des consommateurs".

Le 25 avril, un communiqué de l'organe européen de coordination judiciaire, Eurojust, faisait part de l'arrestation de 26 personnes dans le cadre d'un nouveau trafic de viande de cheval ayant débuté en Belgique. En France, l'enquête avait débuté en juillet 2013.

Les enquêteurs estiment que 4700 chevaux, impropres à la consommation, ont été abattus et introduits dans la chaîne alimentaire légale.

Sources : Le Figaro du 8 avril 2015, Le Figaro du 25 avril 2015, communiqué en anglais de Eurojust.

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Evénement inattendu et heureux

par Laetitia Taillade-Maraninchi

Début février, nous avons été contactés pour une jument maigre qui errait près d'un village dans le Niolu. Plusieurs personnes ont été sensibles à la détresse de cet équidé et ont commencé par lui donner du foin, avant d'entamer les démarches de sauvetage. La procédure légale a été mise en route et une personne du village a accepté d'accueillir provisoirement la jument avec la sienne. Une fois le délai imparti au propriétaire pour se faire connaître, le maire nous a remis officiellement l'animal.

Nous avons envoyé un vétérinaire sur place qui a constaté que la jument avait largement dépassé les 20 ans, avait les dents très abimées, et était en mauvais état général. Des analyses de sang, à approfondir, laissaient penser qu'un traitement serait nécessaire, en plus du vermifuge administré immédiatement.

photo du mois
Fin février, dans le Niolu

Nous avons alors lancé un appel pour trouver un adoptant ou une nouvelle famille d'accueil qui pourrait dispenser les soins adéquats et serait plus accessible pour le suivi vétérinaire.

Nous avons eu des propositions dans le Niolu, mais nous avons préféré, pour des raisons pratiques, confier la jument à Emmanuelle, nouvelle adhérente qui venait de récupérer, de son côté, un âne à retaper. La jeune femme était bien consciente que l'accueil d'une jument de cet âge risquait d'être définitif.

Malou a emménagé début avril. Un autre vétérinaire est venu la voir rapidement, Emmanuelle s'inquiétait d'une bosse sur le ventre et soupçonnait une grossesse. Le vétérinaire a diagnostiqué une importante hernie. Il devait se mettre en rapport avec le premier vétérinaire pour confronter leurs points de vue.

Une semaine, jour pour jour après la visite du vétérinaire, Emmanuelle a trouvé une pouliche aux côtés de Malou. Une pouliche toute fine, mais en bonne santé. Le vétérinaire était le premier surpris…

photo du mois

On imagine que Malou, malgré son âge avancé, a pouliné tous les ans ce qui lui a permis de mener à bien cette grossesse, et le fait qu'elle ait été nourrie depuis 2 mois à permis un bon développement du foetus. Un apport en lait est quand même prévu, Emmanuelle prépare les biberons… Les abris ont été terminés rapidement, pour le confort de tous.

photo du mois

Emmanuelle et son compagnon s'étaient déjà attachée à la gentille Malou et ils ne peuvent plus envisager de se séparer d'elle ou de la petite Sperenza : elles sont donc officiellement adoptées !

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La phrase du mois

par Dominique Giniaux (1944 - 2004, docteur vétérinaire ostéopathe acupuncteur

"Je ne murmure rien aux chevaux, j'essaie juste de les écouter"

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Barbarie

par Paule Schlemaire

Un collègue, ânier dans les Bouches du Rhône, a retrouvé, mi avril, une de ses ânesses amputée, à vif, d'un bon steak. Les barbares devaient être plusieurs pour immobiliser l'animal et avoir une certaine expérience dans le maniement du couteau de boucher.

L'ânesse était pleine et le pronostic vital des deux était engagé. L'ânier sollicitait ses confrères pour les soins, en décrivant la blessure avec précision : "le decouanage fait environ 31 cm et 6 cm au moins large, 28cm au plus large; le steak 5 x11 et 3 cm de profondeur... La vétérinaire n'a rien coupé, elle a juste pratiqué une tonte chirurgicale en bordure."

L'image se passe de commentaire. Les mots manquent pour qualifier l'acte.

découpage

Deux semaines plus tard, heureusement, l'ânesse semble tirée d'affaire, la gestation se poursuit et la plaie cicatrise doucement. L'ânesse accepte de se faire soigner, même si elle a le postérieur léger par moment... il faut faire attention à ses genoux. Une réaction bien gentille au regard de ce qu'elle a subi !

L'enquête stagne, pas de témoin, pas de piste, et, surtout, pas de mobile…

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Le dernier omnibus

par Laetitia Taillade-Maraninchi

A Paris, l'omnibus à traction animale a circulé pour la dernière fois le 12 janvier 2013, cédant définitivement la place à l'autobus, en service depuis 1905.

La Compagnie Générale de Omnibus, créée en 1856, a connu diverses évolutions. En 1867, elle comptait déjà 10 198 chevaux, 840 voitures et transportait 125 millions de passagers à travers la capitale. En 1878, elle utilisait des voitures lourdes de 40 places, à plate-forme arrière et dotées d'un escalier hélicoïdal d'accès à l'impériale, dont le poids nécessitait d'être tractées par trois chevaux. Des voitures plus légères, de 30 places, également à impériale et tirée par deux chevaux, furent mises en service en 1889.

station d'omnibus

En 1899, 996 omnibus et tramways, également tractés par des chevaux, ont transporté 280 millions de voyageurs sur près de 44 millions de kilomètres, dans des conditions de circulation rendues difficiles par l'important nombre de fiacres dans les rues. En 1900, la Compagnie représentait 40000 emplois, dont 60 maréchaux-ferrants et 25 kilos de crottin par jour.

Les chevaux de trait, principalement des percherons, étaient achetés vers l'âge de 5 ans, formés pendant deux mois pour une carrière d'une durée d'environ 6 ans. Les équidés, affectés à la même voiture, avec le même cocher, travaillaient 4 heures par jour, sur un parcours de 18 km.

tramway

Une fois leur journée achevée, ils étaient parqués dans des dépôts, pourvus d'une infirmerie et visités quotidiennement par un vétérinaire. Celui de Bastille logeait 1102 chevaux : un surpeuplement peu propice à la récupération, en particulier à cause des grandes variations de température dues aux départs massifs.

Après un passage à l'infirmerie, les chevaux étaient envoyés en convalescence dans une ferme appartenant à la Compagnie, non pas pour se reposer mais pour se remettre en forme en travaillant aux champs. Chaque année, 7 à 8 % des effectifs été vendus pour la réforme, avant d'être trop usés.

Sources : France 2; Attelages Magazine.

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La photo du mois

 

photo du mois

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Dans la presse

article publié par www.terraeco.net/, le 9 avril 2015, transmis par le Conseil du Cheval en Corse.

« On ne peut pas continuer à considérer que l’animal est une chose »

Faire avancer le droit des animaux est indispensable. C'est la raison pour laquelle il sera enseigné à l'université de Strasbourg à partir de la rentrée prochaine. Un projet inédit en France, porté notamment par le juriste Jean-Marc Neumann.

A partir du mois de septembre prochain, le Centre Européen d’enseignement et de recherche en éthique de l’université de Strasbourg dispensera à ses étudiants des cours de droit de l’animal. Il s’agit là d’une première en France. Le juriste Jean-Marc Neumann, secrétaire général et coordinateur de l’EuroGroup for Animal Law Studies et fondateur du site Animal et Droit, fait partie de l’équipe qui a monté ce projet. Il explique pour quelles raisons il est nécessaire.

Terra eco : Les animaux ont-ils des droits ?

Jean-Marc Neumann : Ce sont plutôt les humains qui ont des devoirs envers les animaux ! Plutôt que de considérer que l’animal a un droit, on interdit à un humain d’exercer des actes de cruauté envers lui. Dans ce cas-là, on peut dire que l’animal a le droit de ne pas être blessé ou tué, par exemple. Il existe des dérogations, comme pour la corrida ou les combats de coqs. Et cette protection pénale de l’animal n’en concerne que certains : les animaux domestiques et les animaux sauvages vivants dans les zoos et les cirques. Les animaux sauvages vivant à l’état de liberté, eux, ne sont pas protégés contre les actes de cruauté en tant qu’individus. Ils peuvent l’être par des textes lorsqu’ils font partie d’une espèce protégée. Par exemple, l’ours ou le loup. A l’inverse, ceux considérés comme des nuisibles peuvent être détruits sans qu’il y ait d’émotion particulière.

Dans le projet de loi sur la biodiversité, récemment examiné à l’Assemblée nationale, l’amendement prévoyant de reconnaître la faune sauvage comme dotée de sensibilité a été supprimé. Qu’est-ce que cela traduit ?

Il l’a été sous la pression du lobby de la chasse ! Il est évident que reconnaître la sensibilité de l’animal sauvage inquiète beaucoup les chasseurs. Cela conduirait logiquement à interdire des pratiques de chasse cruelles, comme la chasse à la glu ou la chasse à courre, qui portent atteinte à cette sensibilité. On voit là tout le paradoxe de notre système. En début d’année, la France a réformé son Code civil. Un article reconnaît désormais que l’animal est un être vivant doué de sensibilité. Mais on a oublié le code de l’environnement qui concerne les animaux vivants à l’état de liberté ! C’est incohérent : un animal sauvage vivant dans un zoo est reconnu comme sensible et protégé pénalement. Si le même animal s’échappe et se retrouve en plein nature, il n’a plus aucune protection pénale. C’est une aberration.

Pourquoi faut-il former les étudiants au droit des animaux ?

Les formations spécifiques dans ce domaine n’existent quasiment pas en Europe. Nous disposons déjà de textes juridiques qui se rapportent à l’animal. Malheureusement, ils sont mal connus, y compris de la part de ceux qui sont censés faire appliquer le droit. Les magistrats, par exemple, n’ont pas de cours de droit dans leur cursus. Les policiers et les gendarmes non plus. Nous pensons que c’est d’abord par une bonne connaissance du droit qu’on protégera mieux les animaux et que ce droit pourra alors évoluer. La formation universitaire proposée par le Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique concernera des étudiants en master, mais sera également proposée en formation continue pour que des avocats ou des vétérinaires puissent obtenir un maximum d’informations sur le droit applicable. Nous constatons que de plus en plus d’étudiants, de chercheurs et d’enseignants montrent un intérêt pour le droit se rapportant aux animaux. Il y a un besoin.

D’où vient ce besoin ? Nos relations avec les animaux doivent-elle passer par le prisme du droit ?

Dans les dernières décennies, la science nous a fait découvrir que, par bien des aspects, certains animaux sont très proches de nous, en terme d’émotions, par exemple, ou par leur ADN pour certains. Ces connaissances nous obligent à appréhender l’animal de manière différente, à avoir une éthique nouvelle à leur égard. Et cette éthique nouvelle doit elle-même contribuer à ce que le droit soit réformé. On ne peut pas continuer à considérer que l’animal est une chose. Il faut que le droit se mêle à l’éthique et à la science pour que l’on adopte enfin un regard nouveau sur les animaux.

Le droit français est-il en retard par rapport à celui d’autres pays ?

Globalement, l’Union européenne et la Suisse sont, de loin, en avance sur ce sujet. Aucun autre ensemble de pays au monde n’a de règlements aussi protecteurs des animaux que les nôtres. Néanmoins, il reste difficile de faire évoluer le sort des animaux dans la pratique. Le droit ne fait pas tout. Il y a en face des obstacles puissants : le lobby agroalimentaire et le lobby de la chasse, en particulier, qui pèsent sur les textes de loi. Il faut une mobilisation de la population.

Trouvez-vous que notre regard sur les animaux a changé ?

Incontestablement ! On sait de mieux en mieux que l’homme est un prédateur de la nature, que des centaines d’espèces disparaissent, qu’on déforeste des zones entières et que tout ceci a des conséquences que de moins en moins de gens sont prêts à accepter. Il y a tout simplement de plus en plus d’informations qui circulent. La façon dont les animaux sont traités dans les fermes industrielles fait aussi partie du changement de regard sur les animaux d’élevage, par exemple. Les gens se posent des questions, avant tout sur leur santé. Ils veulent se nourrir de façon plus saine. Mais par ricochet, ils changent leur regard sur la condition des animaux. Sur ce point, nous sommes en train de rattraper notre retard par rapport à des pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou la Suisse, où l’intérêt pour les animaux est depuis bien longtemps plus marqué.

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