n°70 - juillet 2015

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Editorial | Endurance, CSO : le coup de gueule de Vanessa Fuks, vétérinaire | Parrainez un équidé | La phrase du mois
Inscription des chevaux pour la compétition | La loi et la logique | La photo du mois | Dans la presse

Editorial

par Laetitia Taillade-Maraninchi

Le bien-être des chevaux dans le sport semble être la dernière des préoccupations de biens des compétiteurs, quelle que soit la discipline... Dopage, chevaux barrés, chevaux en sang…

Le cycliste qui se dope est conscient des dommages qu'il inflige à son organisme, le cheval subit. L'imagination n'a pas de limite en ce qui concerne les procédés barbares pour améliorer les performances de l'équidé.

En saut d'obstacles, par exemple, on "barre" les chevaux pour les inciter à lever les jambes et ne pas toucher les barres. Les méthodes sont diverses et variées (barres d'obstacles ornées de clous, guêtres remplies de piquants ou enduites d'un produit qui va brûler le cheval...) mais le résultat est toujours le même : douloureux au possible. Cela se fait en général en dehors des terrains de concours.

Tous les ans, les officiels de compétition suivent une cession de mise à niveau, tous les ans on les incite à surveiller attentivement les brutalités qui pourraient être infligées à l'abri des regards, les exemples présentés sont édifiants.

On pense évidemment à la compétition internationale. L'équipe de France de concours complet a, d'ailleurs, récemment perdu sa qualification pour les Jeux Olympiques de Rio suite à la disqualification aux derniers Jeux Equestres Mondiaux d'un de ses membres, Maxime Livio, dont le cheval a été contrôlé positif à un produit dopant.

Mais au "petit" niveau régional, la situation n'est pas forcément meilleure. Je ne parle pas spécialement de notre île, toutes les régions se ressemblent dans ce domaine. D'abord, parce qu'aucun contrôle anti dopage n'est jamais pratiqué en dehors des compétitions nationales ou internationales. A part en endurance, la présence d'un vétérinaire n'est pas requise. Ensuite, parce que les officiels de compétition sont des locaux : tout le monde se connaît. Le règlement est souvent imprécis et les juges et commissaires au paddock ont la responsabilité d'apprécier les mauvais traitements. Par exemple, les dispositions générales du règlement FFE prévoient :

"Pour toutes les disciplines, le jury de terrain peut décider si les mors, les éperons ou le harnachement sont anormaux ou cruels et les interdire".
"Le président du jury peut interrompre un parcours et renvoyer un concurrent : - si l’insuffisance de ses aptitudes est un danger pour lui-même et les spectateurs, - si l’état physique de son poney / cheval est insuffisant".

L'objectivité des officiels de compétition est, malheureusement, sujette à des remises en cause.

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Endurance, CSO : le coup de gueule de Vanessa Fuks, vétérinaire

publié par le blog Mon cheval me dit

Vétérinaire, spécialiste de médecine sportive en rééducation fonctionnelle depuis plus de quinze ans, Vanessa Fuks est en colère. L'endurance et le CSO sont les premiers visés.

"En endurance, la FEI a exclu les Emirats Arabes Unis du calendrier FEI suite, entre autres, au décès par épuisement d'un cheval face aux caméras. Mais les chevaux continuent de courir sur place. Et n'importe quel saoudien peut venir concourir en France. Leur fédération nationale n'est pas exclue. Il n'y a pas eu de réelle sanction"*.

Vanessa Fuks a arrêté de suivre les courses d'endurance car elle trouve le travail humiliant pour un vétérinaire. "On est là et on ne peut rien faire.  On ne maîtrise rien au check point vétérinaire. On voit disparaître un animal boiteux sous une élégante tente géante pour ressortir tout pimpant. On ne sait pas ce qu'il a reçu dans la tente et les chevaux qui meurent quelques jours après une course ne sont pas comptabilisés".

Vanessa Fuks n'est pas plus tendre sur le monde du sauts d'obstacles. "J'ai dû monter à la tribune du jury pour faire sortir un cheval boiteux de la piste. Et je trouve terrible pour un vétérinaire de devoir peser et renifler les guêtres de protection (quelle protection?) pour vérifier qu'elles ne cachent pas un moyen de coercition obligeant le cheval à lever les pattes!" 

Elle porte un regard lucide sur l'organisation des concours et le calendrier. "Les chevaux commencent les Grands Prix à huit ans! Ils ne durent pas et sont ruinés en quelques années. En plus, les terrains sont trop durs. Les chevaux trinquent. Les parcours sont de plus en plus serrés avec beaucoup de tournants. Ce qui demande énormément d'effort aux chevaux d'autant qu'il n'y a plus de basse saison. Ils sont en concours toute l'année". 

Pour Vanessa Fuks, le monde équestre est archaïque, les idées progressent lentement. La balle est donc dans le camp des organisateurs, du public, des médias, des vétérinaires. "Il faut être stricte, ne rien laisser passer et montrer aux partenaires qu'ils ont tout intérêt à être associés à un sport propre et éthique".

Pourtant, la vétérinaire aime le sport, mais le beau sport bien encadré. "L'éthique, ce n'est pas une question d'argent. Ça ne s'achète pas comme un club de foot, c'est dans la tête. Éventuellement, ça s'apprend! Il faut sans cesse se poser la question: où est la limite? Où commence l'effort et où doit-il s'arrêter? Les grands professionnels du cheval y pensent tout le temps. Ils se posent des questions, essaient de comprendre l'effort, sa physiologie, les signes précurseurs de blessure... Ils vivent avec les chevaux. Il faut savoir dire "Non, ça ne va pas être possible!" L'éthique va bien au-delà de la règle. Hélas, les sports équestres sont de plus en plus prisés par des gens très fortunés et bien coachés mais sans éthique".

 

Et Vanessa Fuks de donner en exemple la Lekkarod, une célèbre course de chiens de traîneaux. "Cette année, il faisait chaud pour les chiens même en altitude et la neige fondante pouvait causer des lésions. Les organisateurs ont su décaler les départs. Ils ont fait passer le bien-être animal en priorité et le public l'a très bien compris. Si l'on veut un sport propre, il faut s'imposer une éthique. Le règlement ne suffit pas. On parle tout le temps de performance, jamais d'éthique. Mais le sport n'existe pas sans éthique!"

* NDLR : Devant toutes les charges à l'encontre de la fédération des EAU, celle-ci a été suspendue par la FEI et, depuis, les cavaliers, chevaux, officiels ou ressortissants des EAU sont interdits de participation, sous leurs couleurs, à des évènements FEI (quelle que soit la discipline), et les EAU n'ont pas le droit d'organiser des événements FEI. Cependant, c'est, à priori, à chaque fédération nationale de surveiller ses concours non FEI (contre les engagements "suspects") et de dissuader ses licenciés de participer à des concours hors FEI aux EAU.

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Parrainez un équidé

 

Equitable-Corse n'est pas un refuge pour équidés. Les chevaux, poneys ou ânes sauvés sont placés en famille d'accueil, dans l'attente de leur adoption.

Lorsqu'ils sont jeunes, ces équidés trouvent, en général, assez rapidement une nouvelle famille. Mais quand ils sont âgés, ou qu'ils ont des problèmes particuliers, ils n'intéressent pas grand monde et ont de grandes chances de finir leur vie dans leur famille d'accueil.

Tous les frais de nourriture et de soins de ces équidés sont pris en charge par l'association, c'est un budget important.

En parrainant un équidé sauvé, vous participez à lui offrir une fin de vie heureuse. Il vous suffit de mettre en place un virement automatique mensuel, selon vos possibilités, qui contribuera à entretenir l'équidé que vous aurez choisi. L'association vous enverra régulièrement de ses nouvelles.

Actuellement, 5 chevaux et 2 poneys sont en famille d'accueil, où ils sont chouchoutés. 5 d'entre eux ont entre 25 et 30 ans, les deux autres, plus jeunes, ont des particularités qui rebutent les adoptants : la ponette Melusine, très proche des enfants, à une énorme hernie qui ne demande aucun soin mais qui impressionne, la jument Eastueuse a une arrière main douloureuse, ce qui ne la rend pas toujours facile à manipuler.

les équidés en famille d'accueil

Plus d'informations sur notre site web : http://www.equitable-corse.com/parrainage.php.

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La phrase du mois

 

"Il ne faut pas avoir peur des chevaux sous le capot mais de l'âne derrière le volant."

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Inscription des chevaux pour la compétition

 

Nous vous rappelons que la procédure d'inscription des chevaux sur les listes de compétition, sport, poney ou club, a changé et que les inscriptions enregistrées avant le 13 janvier 2015 ne sont plus valables et doivent être renouvelées avant le 13 juillet 2015. Les jeunes chevaux participant aux épreuves spécifiques doivent être inscrits sur la liste SHF.

Les inscriptions se font sur le site FFEcompet. Se connecter à son "espace perso" avec son numéro de licence et le mot de passe qui figure dessus et choisir, dans le menu de gauche, "Enreg. chevaux/poneys".

page FFE compet

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La loi et la logique

Extrait d'un article publié par Corse-Matin le 27 juin 2014

extrait copie article

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La photo du mois

 

photo du mois

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Dans la presse

article publié par www.lefigaro.fr, le 26 juin 2015.

À cheval avec les mustangs

par Jean-Marc Gonin

La première réserve de chevaux sauvages a ouvert aux Etats-Unis grâce à la ténacité d'une femme qui s'est battue pour les sauver. Nous avons séjourné parmi eux dans un écolodge qu'elle a créé au Nevada.

Où trouver un cheval nommé Black Jack? Au Nevada, bien sûr. C'est un mustang noir haut et puissant avec une longue tache blanche sur le chanfrein. Dressé au ranch, devenu calme et docile, il n'a conservé qu'un trait de caractère de ses jeunes années de cheval sauvage : il s'arrête à chaque touffe d'herbe fraîche qu'il rencontre au milieu des buissons d'armoise. Lorsque son cavalier tire sur les rênes pour qu'il relève la tête et poursuive son chemin, Black Jack frappe le sol avec la jambe antérieure. Un geste de mauvaise humeur comme pour rappeler que les plateaux du Far West, c'est chez lui.

Si une bonne fée ne s'était pas penchée sur son sort, Black Jack pourrait avoir pris le chemin de l'abattoir. Il fait partie des mustangs sauvés par Madeleine Pickens, une figure de la défense des animaux aux Etats-Unis. Veuve d'Allen Paulson, fondateur de l'avionneur Gulfstream, et divorcée du magnat texan du pétrole et du gaz naturel, T. Boone Pickens, cette native d'Irak naturalisée américaine nourrit une passion pour la race équine. Propriétaire de pur-sang, elle a remporté plusieurs courses de prestige. Mais surtout, en moins de dix ans, Madeleine Pickens est devenue l'ange gardien des mustangs.

Quand, en 2008, le Bureau of Land Management (BLM), une agence dépendant du ministère de l'Agriculture américain, a proposé de supprimer ou de vendre à l'étranger 30 000 chevaux sauvages pour alléger le budget fédéral, son sang n'a fait qu'un tour. Elle s'est lancée dans une campagne nationale et a créé la fondation Saving America's Mustangs (Sauver les mustangs d'Amérique). «Ces chevaux ont contribué à l'histoire de la conquête de l'Ouest, proteste-t-elle. Grâce à Hollywood, ils sont devenus des stars de westerns. Le gouvernement n'a pas le droit de se débarrasser de notre patrimoine.»

tipis
"Ces tipis sont mes affiches publicitaires", dit Madeleine Pickens. Visibles depuis la route, ils plantent le décor de Mustang Monument avant même d'en avoir franchi le portail. Crédit photo : George Merillon

C'est ainsi qu'est né Mustang Monument, premier écoresort dédié à la conservation des chevaux sauvages. Grâce à sa fondation, Madeleine Pickens a acquis un ranch de 2 500 (!) km² à Wells, dans le nord-est du Nevada, tout près de la frontière de l'Utah. La propriété est traversée par trois chaînes de montagnes aux sommets encore enneigés en cette fin de printemps. Dans ses vastes plaines, plus de 600 mustangs paissent paisiblement pour le bonheur des visiteurs. A côté des troupeaux sauvages, quelques dizaines de chevaux domestiqués - dont notre brave Black Jack - occupent d'autres enclos et dorment à l'écurie en attendant de convoyer les hôtes du ranch dans les paysages à couper le souffle de Spruce Mountain qui culmine 3 129 m. Depuis Salt Lake City, où nous avons atterri, il faut trois bonnes heures de route pour parvenir au portail de Mustang Monument. Dans l'Utah, la Highway 80 longe les immensités plates du lac salé avant de buter sur une montagne qui marque la frontière du Nevada. On quitte l'Etat des mormons pour celui du jeu et de la débauche. West Wendover, ville frontière, n'est que casinos, boîtes de strip-tease et débits d'alcool. De là, le véhicule ne cesse de monter pour accéder à Wells et bifurquer vers Independence Valley où se trouve le ranch. Les ultimes kilomètres enchantent le regard : une plaine de prés verts et d'armoise bleutée, sillonnée de torrents qui se jettent dans des lacs d'eau claire. De part et d'autre, de hautes chaînes de montagnes couronnées de blanc. Des décorateurs de Hollywood n'auraient pas fait mieux.

Hérissés de longs piquets qui supportent la toile de tente, les dix tipis de Mustang Monument se repèrent de loin. Colorés et couverts de motifs naïfs, ils ressemblent aux campements indiens des films de notre enfance. En contrebas, cinq cottages en planches, tous précédés du porch, perron traditionnel des maisons américaines qu'on atteint en gravissant quelques marches. Chaque cottage contient deux suites mitoyennes. Devant les portes-fenêtres, un rocking-chair de bois comme à l'époque de la conquête de l'Ouest, accueille le repos du cow-boy. Tout autour des cabanes, des dizaines de lapins et de spermophiles, une sorte d'écureuil terrestre, sillonnent le terrain en courant.

saloon
Devant la terrasse du saloon, Caly Nannini donne les consignes à ses "cow-boys". Crédit photo : George Merillon

L'habitat est pittoresque, le spectacle, lui, est grandiose. Face à nous, à perte de vue, des taches de couleur par centaines, une constellation de chevaux. Noirs, blancs, gris, bais, alezans, appaloosas… : tout le nuancier des robes équines s'expose sur des hectares. Des poulains batifolent autour de leur mère, des hennissements jaillissent ici et là, un groupe part soudain au galop, d'autres broutent sagement sans même relever la tête à son passage.

On piaffe d'impatience de voir les animaux de plus près. On est vite exaucé. Immédiatement après le premier breakfast - à la fois fin et copieux - pris au ranch, les hôtes sont priés de se rendre aux écuries. Là, Abel et Caïn, deux imposants chevaux de trait anthracite sortis d'un élevage de l'Ohio, sont attelés à un long chariot. Marcus Morrison et Clay Nannini, tous deux cow-boys chevronnés, nous invitent à monter sur le plateau. Marcus prend les rênes tandis que Clay, véritable régisseur de Mustang Monument, monte sur un tracteur. On prend la direction d'un tas de bottes de foin. Clay en charge quelques dizaines sur le chariot avant d'ouvrir la barrière qui contrôle l'accès à la prairie des mustangs. A peine ont-ils repéré l'attelage tiré par Abel et Caïn que les chevaux sauvages accourent. Ils arrivent et convergent en bandes. Dès qu'ils approchent, Clay Nannini jette le foin par petits tas. «Il faut faire des piles séparées, sinon les mustangs se battent», explique le cow-boy. Au fur et à mesure, les différentes «familles» déferlent vers les tas de foin. En quelques minutes, des centaines de chevaux sauvages cernent le chariot.

randonnée
Une pause pendant la randonnée sur les pentes de la Spruce Mountain. A la fonte des neiges, l'eau abonde. Crédit photo : George Merillon

La scène est unique. Bien que craintifs, les animaux attirés par le foin laissent les hommes les approcher. Pas tout près non plus. Un pas de trop, et les mustangs détalent pour se mettre à bonne distance des intrus sur deux pattes. Le festin ne se passe pas sans tensions. Les chevaux ont beau rester dans leur bande habituelle, ils ne sont pas partageurs. Ils se mordent, se bottent, hennissent. Le foin, que les cow-boys du ranch leur donnent tout l'hiver, reste une friandise du matin malgré l'herbe printanière qu'ils peuvent brouter en ce début du mois de juin. «Ils sont habitués à ce que nous leur distribuions du fourrage, dit Clay. Ils préfèrent l'herbe, mais le foin fait partie de leur quotidien.»

Debout sur le chariot, coiffée d'un chapeau crème cerclé de cuir, d'une chemise bleue à carreaux, d'un jean et de bottes brodées, Madeleine Pickens sourit en contemplant cet océan de chevaux sauvages. «Vous comprenez pourquoi je me bats, dit-elle. Ces animaux sont extraordinaires.» On comprend. Après avoir avalé le dernier brin de paille, les mustangs, rassasiés, repartent par petits groupes vers les pâturages. Leur devoir accompli, Abel et Caïn, retournent, eux, à l'écurie. Sur le chemin du retour, nous croisons une antilope qui s'enfuit en bondissant dès que nous l'approchons.

Quelques heures plus tard, on passe de la contemplation à l'équitation. Sellés et prêts pour le départ, Black Jack et une poignée d'autres mustangs dressés attendent leurs cavaliers au pied de la Spruce Moutain. à l'encolure, sous leur abondante crinière, ils portent tous un symbole marqué au fer rouge. Il s'agit de la marque du BLM. Avant d'arriver au ranch, tous ces chevaux avaient donc été capturés lors de battues organisées par l'agence fédérale à la demande des éleveurs de bétails qui accusent les chevaux de manger l'herbe de leurs troupeaux. En 2010, Le Figaro Magazine, était allé au Colorado pour assister à une de ces opérations. Rabattus vers un piège en forme d'entonnoir au moyen d'un hélicoptère volant très bas, les chevaux sauvages affolés finissaient enfermés dans un corral avant d'être conduits vers des enclos appartenant à l'Etat. Insurgée contre ces méthodes, Madeleine Pickens a fait vœu d'y mettre fin et de récupérer les chevaux dans des réserves prévues à cet effet. Mais aujourd'hui, elle affirme avoir cessé toute négociation avec le BLM. «Il est impossible de discuter avec ces gens, explique-t-elle. Nous ne parvenons jamais à un terrain d'accord.»

mustangs
Des mustangs apaloosa. Ces chevaux sauvages à la robe tachetée avaient la préférence de plusieurs tribus indiennes des Rocheuses. Crédit photo : George Merillon

Les chevaux que Madeleine Pickens a récupérés pour Mustang Monument lui ont été apportés par des Indiens paiutes, une tribu qui vit entre le Nevada, l'Utah et l'Arizona. «Ils provenaient des terrains gérés par le BLM, explique-t-elle. Je ne sais pas s'ils se sont échappés ou si les Paiutes les ont simplement pris.» Peu lui importe, au fond. Son projet, celui de la fondation, consiste à les sauver tous pour les abriter dans cinq ou six ranchs fondés sur le modèle de Mustang Monument. «Les Etats-Unis sont quand même assez riches pour assurer la préservation de 40 000 chevaux, symboles de leur patrimoine historique!»

Black Jack et ses congénères, eux, n'ont plus de souci à se faire. Ils finiront leurs jours dans la paix de Mustang Monument. En attendant, les chevaux gravissent le chemin pierreux bordé de névés avec la routine qui sied à cette promenade qu'ils connaissent par cœur. Au fur et à mesure que l'on s'élève, on quitte l'armoise pour chevaucher entre les pins et les cèdres. Près d'un ruisseau, un couple de daims s'abreuve. Plus loin, un faucon nous survole. Clay Nannini, qui conduit la colonne avec l'aisance du cow-boy accompli, nous dit que des aigles nichent sur la Spruce Mountain. Nous n'aurons pas l'occasion d'apercevoir un American eagle. En revanche, les lacets du sentier nous conduisent jusqu'à une mine abandonnée. Un village fantôme, autre cliché du Far West, est là avec ses restes de baraques en planches, des poutres desséchées et fendues qui étayaient l'entrée d'une galerie désormais effondrée, une pompe à eau déglinguée, une bassine rouillée. L'inventaire d'un monde disparu: les prospecteurs d'argent ont déserté ce filon dans les années 30, il y aura bientôt un siècle. On achève la balade à près de 3 000 mètres sur un alpage en surplomb d'un ravin. Depuis l'arête, on aperçoit à l'horizon les sommets de la chaîne des Goshute où se trouve la limite du ranch. Mustang Monument égale la superficie totale d'un département français…

Madeleine Pickens
Madeleine Pickens, passionnée de chevaux, est l'ange gardien des mustangs. Avec sa fondation, elle ambitionne d'en sauver 40.000. Crédit photo : George Merillon

Madeleine Pickens l'a voulu ainsi : séjourner au ranch, c'est passer quelques jours dans une ambiance western - hormis la cuisine, raffinée à chaque repas, qui n'a aucun rapport avec le barbecue et les haricots du garçon vacher. Le soir, après avoir dîné sous un grand tipi, on se retrouve au saloon. Joey et David, deux Indiens lumbees venus de Caroline du Nord, dansent et chantent autour d'un feu de bois avant d'initier les hôtes du ranch à leurs coutumes. Plus tard, Ira Grywusiewicz, un jeune cow-boy originaire du Montana, se met à la guitare, et Cassandra Mohr au banjo. Le duo interprète tous les classiques de la country music. Ira, 19 ans, qui gagne sa vie en gardant le bétail des ranchers, chante son répertoire jusqu'au bout de la nuit avec l'accent inimitable de cette région des Etats-Unis. Bourbon, tables de jeu, tabourets de bar en forme de selle font le reste. Pour un peu, on imaginerait que John Wayne vienne s'asseoir avec nous.

Cette saison, Madeleine Pickens inaugure un autre site: un bivouac au pied des monts Goshute. Entourés par un autre troupeau de plusieurs centaines de mustangs, les hôtes y dorment dans une dizaine de chariots bâchés rangés en demi-cercle autour d'un feu. On peut y aller en 4 x 4 ou en Maverick (une sorte de quad à quatre places couvert d'un toit). Là, les cow-boys proposent une initiation au lasso tandis que des anciens des forces spéciales offrent, eux, de s'exercer au tir dans un stand aménagé sur une colline voisine. Le mythe de l'Ouest, toujours.

«Mustang Monument n'a rien à voir avec ces ranchs de pacotille qui ont fleuri aux Etats-Unis, souligne Madeleine Pickens. Ici, on séjourne vraiment dans une immensité naturelle entourée de mustangs.» On quitte le ranch la tête remplie d'images comme on quittait autrefois une séance de cinéma en Technicolor. On laisse derrière soi des plans dignes de John Ford. Avec les senteurs et la caresse de l'air en plus.

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